Fiascorama de Thomas VDB
- Franceline Burgel

- il y a 20 heures
- 6 min de lecture
Éditions Buchet Chastel
Thomas Vandenberghe, alias Thomas VDB, est comédien, journaliste, humoriste et chroniqueur sur France Inter, entre autres. Ce sont précisément ses billets radiophoniques qui m’ont amenée à m’intéresser à ce personnage si particulier.
En effet, Thomas VDB est l’un des acteurs les plus attachants de la scène médiatique actuelle. Sous ses airs de vilain petit canard, il cache une gentillesse et une autodérision assez remarquables. En 2025, il publie Fiascorama chez Buchet Chastel, un livre qu’il faut classer dans la catégorie des documentaires ou des témoignages.
Pour être tout à fait honnête, je n’aurais jamais acheté ce livre si l’auteur m’avait été inconnu. Il faut le dire, je l’ai plus acquis en soutien au personnage que par un réel intérêt pour ce que j’allais y trouver. Car au fond, que peut-on vraiment attendre d’un témoignage comme celui-ci ? J’ai déjà mentionné, dans un autre article consacré à un livre d’Emmanuel de Waresquiel, que je ne voyais pas toujours l’intérêt de produire un tel texte : pas de véritable fil narratif, juste une succession d’anecdotes que l’on pourrait aussi bien trouver dans des articles ou sur les réseaux sociaux. Je le dis sans détour, ce sont des livres qui viennent surcharger les rayons déjà très lourds des librairies.
D’ailleurs, on ne sait pas trop pourquoi ce livre existe. Est-ce une volonté de l’auteur ? Celle des agents par nécessité de maintenir VDB dans la lumière ? Sans doute y avait-il, au départ, une envie d’écrire, mais cette envie a très vite été rattrapée par les impératifs d’un calendrier éditorial. Il a fallu s’y mettre. VDB en témoigne lui-même : il repousse sans cesse le moment de commencer, puis s’étonne de sa propre capacité à rédiger, tout en s’interrogeant sur l’intérêt que trouveront les lecteurs dans son histoire.
Bref, cette parenthèse fermée, examinons ce que je tire de ce livre que j’ai, malgré mes réserves initiales, lu avec beaucoup de plaisir.
L’habillage du livre
Je tiens à commencer en mettant en avant le remarquable travail des Éditions Buchet Chastel.
Le titre, Fiascorama, est pour moi une réelle trouvaille. Nous sommes face à un excellent néologisme qui ne pourrait être mieux adapté au contenu. D’un côté, le « fiasco » désigne un échec complet, un bide, un désastre (ce qui colle parfaitement aux aventures relatées dans ce livre) ; de l’autre, le suffixe « -rama » (emprunté à panorama) évoque à la fois un spectacle et une vue d’ensemble. Ce titre annonce littéralement « le grand spectacle du fiasco » ou « la galerie complète des ratés ».
La couverture est elle aussi très réussie : VDB y joue la star, un micro à la main, dans une salle exiguë devant trois pelés et un tondu. Le graphiste y a ajouté de petites ampoules allumées à l’intérieur des lettres du titre et du nom de l’auteur — un détail qui place immédiatement le propos dans le monde du showbiz, mais dans une ambiance assez démodée. La quatrième de couverture accentue encore cette image de brave gars, plein de maladresses et foncièrement gentil.
Enfin, la photo d’Olivier Roller sur le rabat (que je n’ai malheureusement pas l’autorisation de joindre à cet article) présente un portrait de VDB « dans son jus », c’est-à-dire hirsute et faisant la grimace.
Bref, la couverture entière est une pépite.
La voix du livre
Dès les premières lignes, on entend résonner la voix de VDB, et c’est un vrai soulagement. Habitué des seuls-en-scène et des chroniques radiophoniques, l’auteur a su transposer dans son écriture ce ton si particulier, son style reconnaissable entre mille. On s’imagine sans peine l’homme derrière son micro.
Dans ce texte, VDB continue de « parler » directement à ses lecteurs, toujours avec sa marque de fabrique : l’humour.
P. 73 : « Quelle joie d’avoir enfin l’occasion d’utiliser “ubac” et “adret” au moins un jour dans sa vie ! […] Serge est vêtu d’un simple tee-shirt et porte des lunettes de soleil. Mais il avait sûrement aussi un pantalon et des chaussures, sinon ça m’aurait marqué, je pense. »
Ainsi, VDB semble découvrir l’écriture en direct et se moque de sa propre posture d’écrivain. Il soulève ici, avec malice, la problématique du dosage de la description. Car oui, dans ce cas précis, indiquer que la personne porte un pantalon et des chaussures n’a aucun intérêt pour le lecteur, qui se représente naturellement un gars habillé en tee-shirt et lunettes de soleil.
À la p. 133, VDB glisse encore une réflexion entre parenthèses : « Je me demande si je ne mets pas trop d’adverbes dans mon livre. Il y a beaucoup de vraiment, sûrement, manifestement, incontestablement. N’hésitez pas à sauter directement à la fin de l’adverbe si vous trouvez qu’ils reviennent trop souvent. »
C’est du VDB tout craché ! Il s’amuse avant tout. Plus loin, à la page 85, il s’amuse encore : « Il portait une veste saumon et des lunettes fumées, et il ne me paraît qu’aujourd’hui en l’écrivant qu’il était donc saumon fumé. »
Les messages du livre
Le but de l’ouvrage est de raconter le parcours chaotique de l’accès à la notoriété pour un artiste, en mettant en évidence les embûches du métier. Et cela fait du bien à lire. En effet, la vie des stars et les réseaux sociaux ne montrent trop souvent que le côté « paillettes », alors que la réalité du terrain s’apparente fréquemment à un parcours du combattant. En ce mois de juin 2026, je pense d’ailleurs particulièrement à ces femmes qui doivent affronter la puissance masculine par tous les moyens, un sujet qui fait cruellement l’actualité.
On aurait pu appeler ce livre Confessions, tant VDB fait preuve de transparence et d’honnêteté dans ses révélations. Il commence par expliquer son désir, presque son besoin viscéral, de devenir célèbre dès son plus jeune âge. Ainsi, lorsqu’il rencontre Valérie Mairesse à l’âge de dix ans et qu’il obtient d’elle un autographe, il est totalement bouleversé et se projette déjà à travailler avec elle.
P. 30, il dit : « On reçoit chacun [son ami et lui] notre autographe et en revenant à la tente, Seb voit que je ne touche plus terre. Je suis sur mon petit nuage, déjà gravement nostalgique du moment qu’on vient de vivre. Seb comprend que ça ne va pas fort, j’ai presque envie de pleurer, j’ai envie d’y retourner, de traîner avec Valérie Mairesse. Je veux qu’elle et moi on réfléchisse ensemble au rôle qu’elle pourrait me proposer dans des films. »
Ce désir profond le conduira parfois à être trop crédule et à tomber dans certains pièges. P. 36, il évoque ouvertement sa naïveté lorsqu’il s’est fait piéger par un certain McGregor, prétendument l’agent de Steven Spielberg — un escroc qui a abusé de nombreuses autres vedettes. Mais cet événement ne sera malheureusement qu’une mise en bouche au milieu des nombreuses galères qu’il traversera, tant sur le plan professionnel que personnel.
P. 69, il raconte par exemple avoir dû tenir le volant d’un combi Wolkswagen à 130 km/h en tant que passager, pendant que le chauffeur retirait son pull : « Et moi, pendant ce temps, je tenais le volant avec l’impression terrifiante de faire du funambulisme à grande vitesse, haletant et ultra-concentré pour ne pas dépasser les pointillés, nous maintenant peut-être à une microseconde de la paraplégie. »
L’autodérision comme marque de fabrique
Face à ce besoin de notoriété, il sait pertinemment qu’il n’est pas « taillé » pour jouer les jeunes premiers.
Il se fiche notamment éperdument de son look et en profite d’ailleurs pour régler quelques comptes à ce sujet. P. 161, VDB s’insurge contre ceux qui lui demandent d’être « présentable » :
« Est-ce que porter une cravate est gage d’honnêteté ? QUEL EST LE RAPPORT ? » ajoute-t-il en lettres capitales, avant de compléter entre parenthèses : « Pardon, il fallait que ça sorte. »
Chercher la célébrité l’a également conduit à accepter de se ridiculiser. Il jouera ainsi plusieurs années dans des spectacles plutôt médiocres sous le pseudonyme de Coudboule.
Ses faiblesses sont au cœur de son récit. Il dénonce son propre manque de courage face au travail et ses petites lâchetés, ce qui le rend profondément humble. P. 85, il écrit : « On me dit “t’es super humble”, mais c’est que je suis trop paresseux pour ambitionner d’être le meilleur, et trop couard pour ne pas avoir à échouer, alors ça me donne des excuses pour ne pas donner le meilleur de moi-même. Et il y a des jours où, au maximum, je suis au plus moyen de moi-même. »
Une réflexion m’a particulièrement interpellée à la page 191 : celle où il souligne la (fausse) bienveillance de l’entourage qui, voulant bien faire, affirme toujours que « le spectacle est super ». Lorsqu’on tient de tels propos à un créateur, quel qu’il soit, on lui envoie le signal qu’il peut relâcher ses exigences. Or, la création et le spectacle demandent un travail constant ; il ne faut jamais se reposer sur ses acquis.
L’autrice que je suis se trouve actuellement confrontée à la question du travail en profondeur d’un manuscrit, alors même que certains de mes lecteurs, impatients, estiment que je pourrais très bien publier mon texte tel que j'ai décidé de l'écrire.
Je pense que la réussite de cet ouvrage repose entièrement sur le degré de familiarité qu’a su créer Thomas VDB avec son public. De la même manière que l’on apprécie parfois un livre simplement parce qu’on en connaît l’auteur (un proche, un ami), VDB a réussi par son parcours des dernières années le tour de force de nous faire croire qu’on le connaît intimement. On en vient à acheter son livre, pourtant non essentiel, par pure empathie pour son personnage.
Joli coup, l’ami.




Commentaires