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La Sauvageonne des Maures, de Michel Lacombe

il y a 11 minutes
5 min de lecture

Éditions De Borée, 2015

Lu en Collection Terre de Poche

Dédicacé par l’auteur au Salon du livre de Bourgoin-Jallieu, le 6 juin 2026

 

Michel Lacombe est un auteur de terroir et, à ce titre, un écrivain discret, resté loin des plateaux de télévision et des projecteurs parisiens. Il a pourtant publié une quarantaine d’ouvrages aux Éditions De Borée et aux Éditions du Mot Passant. Il s’est ainsi construit un lectorat fidèle. Son travail a été couronné à plusieurs reprises : prix Lucien Gachon en 2002, prix Cabri d’Or et prix des Automnales en 2004, prix du roman historique de Saint-Bonnet-le-Château en 2007.


Dans La Sauvageonne des Maures, l’intrigue intime et sociale occupe le premier plan, tandis que la grande Histoire, celle des années 1920, sert de toile de fond. Pourtant, si le décor historique global est en arrière-plan, les réalités de cette époque (comme le sort réservé aux femmes ou les dérives de l’internement arbitraire) irriguent le récit.

On suit le destin d’Odette Malaucène, orpheline dès les premières pages et seule héritière du domaine familial florissant de Bastet. Face à elle se dresse un « méchant » archétypal : un cousin cupide et jaloux qui ne désire qu’une chose : mettre la main sur le domaine dont la jeune femme vient d’hériter.


Le genre du roman de terroir

Le « terroir » porte en lui cette particularité de se tenir à l’écart de la lumière médiatique. Je ne connais guère que Christian Signol qui œuvre depuis des décennies dans ce registre et qui, parce qu’il est l’un des dix écrivains préférés des Français, parvient à attirer l’attention de quelques médias curieux.

C’est un genre que j’affectionne particulièrement, moi qui suis issue du milieu rural et qui ai essentiellement travaillé dans ce cadre en tant que biographe.

Dans chaque roman de terroir se cache un écho de Hugo, Maupassant, Balzac ou George Sand. Plus récemment, La Maison vide de Laurent Mauvignier ou Madeleine avant l’aube de Sandrine Collette m’ont beaucoup touchée. Bien que ces titres ne soient pas classés dans le « roman de terroir », ils en portent pourtant toutes les caractéristiques.

Dans La Sauvageonne des Maures, Michel Lacombe dépeint les occupations dans les campagnes en plein cœur des années 1920. Il met aussi en scène les principaux acteurs d'un village : le maire, l’instituteur, le boulanger.


C’est, je crois, en me plongeant dans ce type d’ouvrages que je passe mes meilleurs moments de lecture. Ayant été sensibilisée très jeune à la rigueur de la vie d'autrefois par mes origines modestes, je suis particulièrement touchée par ces récits qui expriment la rudesse de la vie et mettent en scène toutes les facettes de l’âme humaine, dans ses élans de force comme dans ses travers les plus sombres.

Ce sont par ailleurs très souvent des récits simples qui ne cherchent pas la démonstration intellectuelle, mais plutôt des tranches de vie comme ont pu en écrire Giono ou Pagnol. Lorsque Michel Lacombe parle de ses livres, il les définit d’ailleurs ainsi : « des histoires de vie ». C’est cela, je crois, qui me séduit.

Alors si le lectorat existe, et que ces histoires me parlent, je gage que mes prochains romans emprunteront cette veine.

 

Les deux thèmes principaux de ce roman


L’internement abusif des femmes

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. C’est sous cet angle que Michel Lacombe expose le scandale auquel est confrontée Odette Malaucène. Au-delà de la fiction, je me suis demandé combien de femmes saines de corps et d’esprit ont été jetées ainsi dans des asiles d’aliénés. Faire interner arbitrairement quelqu’un pour le spolier ou se venger a-t-il constitué un usage connu dans l’histoire ?

Je me suis souvenue de l’affaire Camille Claudel, artiste de génie au caractère indépendant, bannie par sa famille au début du siècle dernier et enfermée en hôpital psychiatrique malgré l’avis de médecins estimant qu’elle pouvait en sortir. Elle y vécut pourtant trente ans, jusqu’à sa fin. Je pense aussi à deux témoignages sur le sujet : celui de Victoria Mas dans son livre adapté au cinéma Le Bal des folles (expérimentations de Charcot sur des femmes cataloguées « hystériques » ou « folles »), celui d’Adèle Yon dans Mon vrai nom est Elisabeth (qui documente la détention forcée de milliers de femmes).


La vengeance

Dans La Sauvageonne des Maures, l’héroïne vit une aventure au plus près d’une nature hostile : traquée, elle est contrainte de se cacher et de vivre dans une cavité rocheuse, affrontant seule autant la menace de son ennemi que la rigueur des éléments. Le désir de vengeance constitue son moteur. Le lecteur accompagne Odette pas à pas vers la reconquête de ce qu’on lui a volé.

 


L’écriture de Michel Lacombe

Michel Lacombe déroule habilement son intrigue à petits pas, à travers des chapitres courts. Il prend le temps d’exposer une à une les étapes de son récit. Si les ressorts dramatiques peuvent parfois paraître un brin convenus, l’auteur réussit l’exercice de retarder des dénouements que l’on devine pourtant assez tôt. Il ne cache d’ailleurs pas sa progression : les têtes de chapitre sont titrées, et le simple recours au sommaire en dévoile le fil conducteur.

Cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture, bien au contraire : on garde l’œil alerte sur le texte en s’amusant des ficelles narratives de l’auteur.

On pourrait certes tiquer sur certains raccourcis ou sur le contournement de certaines épreuves psychologiques traversées par l’héroïne. Mais on pardonne volontiers à l’auteur : décrire par le menu détail la détresse physique et mentale que cette situation engendre risquerait de transformer le roman en manuel de survie.

Fluide et sans gras : c’est l’impression globale qui me reste après avoir refermé La Sauvageonne des Maures. Je dois avouer que je n’ai relevé aucune citation particulière qui m’aurait touchée au fil de ma lecture. L’intrigue avance à un rythme tel qu’elle m’a absorbée, m’empêchant de m’arrêter sur ces fameuses formules ciselées que j’aime partager dans mes articles. Ici, rien, même en retournant feuilleter les pages après coup.

Pourquoi aucune tournure ne m’a-t-elle interpellée ? Sans doute parce que l’écriture de Michel Lacombe va droit à l’os. Je n’y ai pas retrouvé la poésie ou le lyrisme de certains auteurs, ni dans les dialogues ni dans les descriptions.

 

Puisque j’ai malgré tout beaucoup apprécié cette découverte, j’ai enchaîné avec un autre titre de Michel Lacombe : La Noire Tourmente, qui se déroule entre Lyon et Bourgoin-Jallieu au XVIIe siècle. Là encore, la promesse faite au lecteur est claire dès les premières pages : un jeune homme part à la recherche de son père disparu, à l’heure des bandits de grand chemin et de la peste.


Couverture du livre La Sauvageonne des Maures.
La Sauvageonne des Maures de Michel Lacombe est un roman de terroir.

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