top of page

Les aventure d'Oliver Twist de Charles Dickens

Dernière mise à jour : 31 oct. 2025

Tout le monde a lu ou a entendu parler d’Oliver Twist. Si cette histoire a été adaptée au cinéma, en séries ou en dessins animés, c’est qu’elle vaut le détour. Et je confirme, elle le vaut.

J’y ai retrouvé tout ce que j’aime dans le roman : de vrais méchants, des aventures palpitantes, et une happy end. Mais ce roman de Charles Dickens est aussi un roman social servi par une plume assez moderne.

En tant qu’autrice travaillant sur un roman historique se déroulant à la même époque, cette lecture a donc été un excellent choix.

Dans cet article, j’analyse l’écriture de Dickens dans la perspective d’enrichir mon style.

 

La peinture crue de l’Angleterre au XIXe

Dès les premières lignes, Dickens plante un décor sans concession : celui de l’Angleterre du XIXe siècle, soumise à la folie de l’industrialisation, où la classe ouvrière vit dans la misère.

La mère d’Oliver, « fille-mère », meurt en couches. Oliver se retrouve orphelin, recueilli par l’Assistance publique. Son destin est résumé par cette phrase cinglante : « Enfant de l’assistance, orphelin de l’asile, humble esclave famélique, destiné à traverser la vie parmi les coups et les bousculades, objet de mépris de tous, sans droit à la pitié de personne. »

Très jeune, Oliver est exploité par une nourrice, puis renvoyé à l’asile à 9 ans : « Oliver fut arraché par Monsieur Bumble à la misérable demeure, où jamais un mot ni un regard de bonté n’avait illuminé les ténèbres de sa première enfance ».

Dans cet univers, tout porte à croire qu’Oliver ne survivra pas. Pourtant, l’enjeu n’est pas tant de savoir s’il survivra (un livre imposant entre les mains du lecteur enlève le mystère !) mais plutôt de s’aventurer dans cette histoire riche en rebondissements pour découvrir comment il tirera son épingle du grand jeu de la vie.

 


Les points forts que je relève dans l’écriture de Charles Dickens : une écriture qui repose sur les contrastes


1/ Les vilains méchants et les beaux innocents

Le lecteur est plongé dans les tréfonds de la misère londonienne, au milieu d’un repaire de malfrats. Si, tout au long du livre, Oliver resplendit par son innocence et sa bonté naturelle, la violence de ce qu’il vit est horrible.


Les adultes, principalement les hommes, sont dépeints comme de sinistres gredins (tel Bumble), ignorants et laids. Dickens utilise des descriptions fortes et grotesques, comme ce portrait :

« La personne qui était venue troubler le calme du salon de l’intendante avait les qualités requises d’une messagère de la mort. Son corps était courbé par les ans, ses lèvres étaient agitées d’un tremblement paralytique ; son visage défiguré par un rictus sénile ressemblait davantage aux dessins grotesques d’une plume égarée qu’à l’ouvrage des mains de la nature. »


Même les figures d’autorité ou de savoir brillent par leur bêtise et leur incompétence. Le médecin, censé être cultivé et intelligent , est dépeint avec ironie : « La vieille dame inclina la tête avec respect, comme pour dire qu’elle trouvait le docteur très intelligent. Le docteur lui-même paraissait être assez de cet avis. »  


Un jour Oliver est accusé à tort de vol. Lors de son jugement, quelqu’un fait observer au juge que l’accusé est sur le point de s’évanouir. Le juge répond : « Qu’il tombe, si ça lui fait plaisir. » L’auteur de poursuivre : « Oliver profita de cette aimable permission, et tomba évanoui sur le plancher ».


Note sur Fagin : Le chef des voleurs, Fagin, est malheureusement le cliché du Juif avide d’argent. Si cette image populaire était courante à l’époque et reprise dans la littérature, elle dénote fortement aujourd’hui. Il est essentiel de lire cela comme un reflet de l’antisémitisme ambiant du XIXe siècle, sans minimiser son caractère offensant.

 

2/ La noirceur de la société compensée par un humour grinçant, parfois léger

En contrepoint à cette noirceur, la plume de Dickens délivre un humour grinçant qui sert sa critique sociale.

L’ironie semble être une des figures de style préférées de Dickens. Il utilise des euphémismes ou des tournures faussement élogieuses pour dénoncer la cruauté du système :

« Là, sur un lit sommaire et dur, [Oliver] sanglota tant qu’il finit par s’endormir. Quelle belle illustration de la tendresse des lois anglaises. Elles permettent aux indigents de s’endormir. »

Cette alternance entre le tragique et le comique n’est pas fortuite. Dickens la défend ouvertement, la comparant à la structure d’un mélodrame, et la justifiant ainsi dans les premières lignes du chapitre XVII :

« La coutume du théâtre dans tous les bons mélodrames bien sanglants veut que l’on présente les scènes tragiques et comiques en une alternance aussi régulière que celle des filets rouges et blancs dans un morceau de porc salé bien entrelardé. »

Pour Dickens, cette juxtaposition, loin d’être artificielle, est la véritable image de la vie.

 

Les artifices dans l’écriture de Dickens

§  Dickens brise le 4ᵉ mur

Le style de Dickens repose sur le choix du point de vue omniscient, où le narrateur se présente comme le biographe d’Oliver Twist.

Dès les premières lignes, le narrateur nous prend par la main en nous parlant, nous lecteurs. J’adore ce procédé stylistique, que j’avais déjà apprécié chez des auteurs comme Hugo ou Dumas.

Dickens ne manque pas de faire quelques digressions pour s’adresser directement au lecteur. Il maintient une conversation constante avec son public.

 

§  La technique du « Chapô »

Comme d'autres écrivains de romans-feuilletons, Dickens utilise ici une sorte de chapô en introduction du chapitre pour prévenir le lecteur de ce qu’il va advenir. On pourrait croire que ce spoiler rend le récit moins palpitant. C’est tout le contraire, car ces accroches créent le mystère et l’attente. Par exemple :

Chapitre XIX : dans lequel se trouve discuté et adopté un projet important.

Chapitre XXXVI : « [Ce chapitre] sera très court, et pourra sur le moment paraître de peu d’importance. Il faut pourtant le lire, car il fait suite au précédent et fournira la clé d’un autre qui viendra en son temps ».

 

§  Les figures de style

Enfin, j'adore les descriptions dans lesquelles les figures de style rendent les images percutantes et viennent renforcer les émotions :

Personnification/Métonymie : « La foule dense des toits et des pignons. »

Métaphore : « La forêt de navires amarrés au-dessous du pont. »

Personnification/Hyperbole : « Le vent mordant balayait les rues. »

 

En conclusion

Malgré ces atouts stylistiques, je trouve deux faiblesse à ce récit.

D'abord les longueurs (qui sont le lot de nombreux romans-feuilletons de l'époque, souvent payés à la ligne). Ensuite, une fin très théâtrale qui écarte le personnage principal (Oliver) pour laisser place à un dénouement façon roman policier. Toutes les pièces du puzzle s’emboîtent alors avec une perfection un peu forcée. Certes, tout se résout, mais on sent que Dickens a dû faire preuve d'une grande imagination pour dénouer toutes les ficelles de l'intrigue !

Cependant, mon but était surtout de puiser dans ce texte ce qui pouvait enrichir ma propre écriture. En ce sens, Oliver Twist m’a offert quelques piqûres de rappel inspirantes.

Dickens m’apprend notamment à densifier mon écriture. Non pas à gonfler artificiellement le récit, mais à lui donner de la profondeur par des descriptions, des détours de pensée, du lyrisme ou de la poésie. Densifier, c’est approfondir, aller plus loin que les faits, et plonger le lecteur dans une ambiance réaliste.

Ce genre de lecture m'apporte également un vocabulaire désuet et précis. Pour conférer du réalisme à mon propre texte, je dois le parsemer de termes anciens adapté à l'époque. Dans Oliver Twist, j’en trouve à la pelle : « ravauder », « sous l’empire de la colère », « bobèche », « gruau », etc.

Mais comme on n'écrit plus aujourd'hui comme au XIXe, j’apporterai de la modernité dans le choix des points de vue narratif. J’utiliserai une caméra sur l’épaule de deux protagonistes à l’opposé du regard omniscient de Dickens.

Pour l'avenir, mon ambition est d'écrire un roman de type grand roman-feuilleton du XIXe siècle, en intégrant tous ses codes, et en faisant la part belle à l'humour et au suspense.


Couverture du livre Les Aventures d'Oliver Twist

Commentaires


©2019 par Franceline Burgel auteure. Créé avec Wix.com

bottom of page